Extérieur pluie

 

AXIOR

 

Roman francophone

 

2007

Une ondée revigorante

 

 

          C’est une opération bien délicate qui m’est demandée avec cette critique. Sur bien des points. D’abord, c’est la première fois qu’on me sollicite une critique. C’est un honneur pour moi que d’accepter cette tâche. Ensuite, l’auteur, Axior, est un ami que je connais depuis quelques années déjà. J’ai peut-être commencé mes arpèges littéraires en même temps que lui, nous motivant l’un l’autre dans nos mondes respectifs. Et maintenant, l’œuvre accomplie, l’enfant naît enfin. Il faut dire que j’ai eu aussi la chance de le voir grandir, ce roman. Pas seulement en taille. Il s’est étoffé de personnages incroyables, de vie, de lieux, de souvenirs. Axior a pu éviter ces grands ecueils qui ponctuent une œuvre d’écrivain et qui sont la page blanche, le trop-plein d’idées qui stérilise, le doute qui survient parfois et surtout ces moments qui vous frappent à l’improviste vous retirant, pour un temps, l’envie de coucher sous la plume la suite du festin entamé.

 

          L’écriture est un festin. On se régale à scénariser, mettre en lignes, créer un monde, un univers dont on a seul les clés. Mais comme tout festin, il est bien triste de se restaurer seul, en égoïste. Alors, l’auteur fait cet acte généreux, propre à tous les auteurs dignes de ce nom : le partage. Le partage est la reprise de son texte, avec ses tripes et avec son cœur, pour donner les clés, les éclairages, les sens cachés aux lecteurs qui vont pénétrer leur monde.

 

          Axior s’est révélé plus que généreux avec cet ouvrage. Il nous a ouvert son cœur en insérant dans ce texte des scènes qui l’ont parfois réellement meurtries. Loin de se renfermer, il a su ici nous donner un texte fort, convainquant, dans la veine de ces auteurs de feuilletons du XIXème siècle qui, tel Eugène Sue, témoignaient, dans les journaux populaires, de la société et de ses excès.

 

          En choisissant un SDF comme héros, en nous invitant à parcourir la ville, lors de cette longue nuit, sous la pluie, Axior nous donne une formidable leçon d’humanité. Il nous ouvre les yeux. J’entendais l’autre jour une femme expliquant comment on donnait l’aumône à un mendiant. Elle disait que l’homme est généralement assis sur le sol et qu’on lui jette habituellement de toute notre hauteur notre obole - peu importe son montant - dans la soucoupe ou la gamelle devant lui. Elle expliquait qu’il ne fallait pas agir ainsi, qu’il fallait s’accroupir, se mettre à sa hauteur, et déposer en plus de l’argent, un regard d’égal et de dignité à l’humain devant nous.

 

          Je suis comme beaucoup de gens. Je n’ai jamais connu la faim, la faim réelle, celle qui vous tenaille, qui vous rappelle à votre condition mortelle et qui vous fait baisser les yeux devant les repus. Je n’ai aucune idée de ce que peut-être la vie d’un SDF. La rue, la quête des cartons pour la nuit, les rondes du Samu social, les refuges où vous vous faites dépouiller du peu qu’il vous reste de votre ancienne vie. Bien sûr, Axior n’entre pas dans tous ces détails, mais on les ressent au plus profond de soi à la lecture de cette grosse nouvelle.

 

          La trouvaille du titre, sa justesse avec le thème me surprennent encore. « Exterieur pluie » comme un plan-séquence, une vision cinématographique de cet univers de la rue où la pluie joue sa musique sur le pavé, y apportant l’inconfort mais aussi sa marque toute particulière, d’habitude pour ceux qui hantent nos rues, la nuit, quand nos fenêtres sont closes et que nous, bien au chaud, nous gavons jusqu’à l’indigestion des images télévisuelles d’un monde qui n’est pas le vrai monde qui lui, n’est que de l’autre côté de nos cloisons.

 

          J’ai aimé ce livre. Je ne dis pas cela par sympathie ni pour faire plaisir, mais parce qu’il m’a appris un monde que je ne connais toujours pas. Mais « Extérieur pluie » est avant tout romancé et vous prendrez certainement plaisir à l’errance dans cette nuit, pluvieuse mais riche de rencontres de plus en plus étranges qui vous mèneront jusqu’à l’apothéose finale où le secret qui tient toute la trame de cette histoire vous sera enfin révélé, vous faisant alors basculer une fois encore dans un autre monde. Un roman à lire, relire, surtout entre ses lignes qui ne sont pas que noirceur et où vous entreverrez parfois des horizons jusqu’alors ignorés.

Editions

Editeur : La Société des Ecrivains
Collection : Roman
Taille (en cm) : 14 x 1 x 21 - 50 pages

ISBN : 2748034806

Prix neuf : 10,00 € (*)

(*) Prix généralement constaté hors remise de 5% autorisée par la législation